Une rumeur et la commune s’embrase : un maire de Lozère a-t-il étouffé un acte de violence policière ?

Les petites histoires derrière la vie municipale

ENQUETE INSOLITE – Dans les communes, les rumeurs vont bon train. Un maire d’une commune importante de Lozère en a fait les frais. En 2020, son chef de la police municipale aurait passé à tabac un homme sans domicile fixe et sans papier avant de le laisser pour mort, devant un commerce du centre ville. L’histoire aurait été étouffée par la municipalité. Véritable croisade chevaleresque contre l’édile par un élu de l’opposition, ou bruits infondés ?

Un homme de secrets ou une victime d’une rumeur infondée ? Depuis sa défaite aux législatives (il n’a pas réussi à se qualifier pour le second tour à quelques dizaines de voix près), un maire d’une commune importante de Lozère fait l’objet de supputations. Les bruits le concernant vont bon train. De retours aux affaires de la mairie, ses adversaires n’hésitent d’ailleurs pas à dégainer. Et cet édile pourrait prendre une sacrée cartouche si l’affaire dont il est un des protagonistes venait à être confirmée.

Un de ses opposants à la municipalité a récemment lâché un gros morceau. En 2020, le chef de la police municipale, toujours en place actuellement, aurait passé à tabac un homme, ivre, sur la voie publique, avant de le laisser pour mort, le corps gisant sur le parking d’un commerce alimentaire du centre-ville. La victime ? Un quarantenaire, d’origine étrangère, sans domicile fixe et sans documents d’identité. La raison ? Des réflexions sexistes à l’encontre de la jeune fille de l’agent de police, à l’époque âgée de 17 ans. Apeurée, elle aurait appelé son père policier. La suite ? Un traitement de faveur tout particulier.

« D’autres personnes sont impliquées »

L’élu municipal.

L’histoire est farfelue. Plusieurs habitants du quartier auraient été témoins de la scène. Mais parmi tous ceux interrogés, aucun n’a confié avoir entendu des cris ce soir-là ou de voir la moindre scène. Comment vérifier une rumeur dont peu de Mendois ont connaissance, même parmi les élus ? Interrogée, la police municipale ne « souhaite pas répondre à des journalistes« . Silence radio identique de la police nationale, en relations constantes avec ses collègues de la municipale.

Ces « bruits » dont le conseillé municipal (selon sa volonté, son identité sera terrée), farouche opposant de l’édile de la ville et personnage politique important du département, fait état sont donc difficilement vérifiables. Cette personnalité publique est pourtant allée plus loin : « D’autres personnes sont impliquée. » Qui, justement ? D’autres élus de la municipalité ? L’élu ne dévoilera finalement jamais les noms ou des fonctions. Des dires à prendre au conditionnel, là-encore. Quel est l’intérêt de blâmer pour ensuite refuser d’en faire l’étage public ? Un moyen de pression quotidien ? Ou une balle de réserve en cas de litige ? L’élu ne l’a pas précisé.

Une affaire rapidement étouffée

Une chose est certaine : depuis 2020, l’année où les faits se seraient déroulés, il n’a jamais été question de cette rumeur, dans aucun conseil communautaire ou municipal. Pourquoi cette agression n’a-t-elle jamais été révélée ? Selon l’élu, elle a été rapidement étouffé, le maire de la Ville étant aussitôt monté au créneau. Selon ses dires encore, un entretien aurait eu lieu entre l’édile et des membres du greffe dans les heures seulement qui ont suivi l’agression. « Bien évidemment, toutes les parties concernées ont voulu éviter tout scandale« , a-t-il précisé. Contactés, ni le maire ni la municipalité n’ont répondu favorablement à nos sollicitations. Le premier cité avait pourtant, quelques mois auparavant, évoqué les rumeurs (cette rumeur ?) le concernant : « Il s’est dit, il se dit et il sera dit beaucoup de choses à mon égard. Ca fait partie du jeu. »

Une autre source du conseil municipal confie également avoir eu connaissance d’une histoire « plus ou moins identique aux faits alambiqués« , sans détails et surtout sans preuve. « C’est déplacé et dégradant. Ca rime à quoi cette rumeur ? Je pense que la personne à l’origine de cette cacophonie à beaucoup de choses à se prouver« , précise-t-elle. Les témoignages rapportés par l’élu qui tient les ficelles font, en tout cas, état d’un acte d’une extrême violence. Cette rumeur l’est tout autant. L’issue pourrait l’être encore si les faits devaient être avérés.

Le chef de la police aux comportements déplacés

Autre éléments de réponses, certains habitants de la ville, dont un journaliste local, se sont déjà plaints, à de nombreuses reprises, de certains comportements du chef de la police municipale, ouvertement opposé à l’immigration et proches de réseaux nationalistes si on en croit ses publications sur les réseaux sociaux. Des comportement jugés « agressifs » et « déplacés » et des « abus de pouvoir » lui ont plusieurs fois été reprochés. Mais là encore, aucun fait n’a précisément été rapporté.

Le rumeurs dont personne ne sait véritablement si elles sont fondées mais qui alimentent d’une certaine manière la vie municipale, ne sont-elles pas finalement les meilleures ? Les plus croustillantes ? Mais surtout, les moins sérieuses et les moins crédibles ? Pour le coup, il faut l’espérer… Quand un corbeau est dénoncé, les renard ne sont jamais bien loin. Mais gare au retour de flammes pour le pyromane.

Et l’autre corbeau ?

Partout en Lozère, bien au-delà des frontières municipales, l’identité d’un corbeau, pour une histoire différente, est connu de tous. Le père d’une présidente de collectivité territoriale a adressé, à plusieurs reprises, des courriers à caractères diffamatoires et insultants à plusieurs journalistes et élus locaux.
Le conditionnel est cette fois écarté, l’affaire étant avérée. Les lettres ont été constatées. Des plaintes ont été déposées. Une enquête a été diligentée. L’homme a été placé en garde à vue. Le procureur a même personnellement confirmé l’identité de la personne inculpée. Et un procès devant les instances judiciaires a été programmé. Une histoire pour le coup rocambolesque. Une histoire à la Harry Potter surtout, puisque l’identité du « méchant » est connue de tous, mais personne n’ose prononcer le nom de celui dont tout le monde parle. Absolument personne : le procureur de la République et le tribunal, la police, les plaignants, les élus, la presse et la population…

Lény-Huayna Tible

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