Le Dé-Tour de France par Mende, la municipalité sur le (très) bas côté

Les petites histoires derrière la municipalité

A Mende, le passage du Tour de France était attendu depuis de longs mois. Ce samedi 16 juillet, tout était fin prêt pour accueillir le peloton et proposer une fête digne de la Grande Boucle. Un rendez-vous que les Mendois auront finalement passé entre eux, à raconter et écouter leurs propres récits et à arroser leurs « nombreux » exploits.

Devant les caméras du monde entier… Il fallait être là. Il fallait se faire voir et, surtout, être vu. Les Mendois l’ont bien compris. Tout le monde était donc là. Tout le monde s’est donc bien montré et a pris le soin d’être vu (et remarqué). Pour la 14è étape du Tour qui reliait Saint-Étienne à Mende le samedi 16 juillet, remportée par l’Australien Michael Matthews, les élus s’étaient donnés rendez-vous, sous un chapiteau aux abords de la ligne d’arrivée, à l’aérodrome, pour fêter le passage de la Grande Boucle.

Le chapiteau sous lequel les Mendois ont fêté le passage de la Grande Boucle. PHOTOS L.-H. T.

Parmi eux, la sénatrice, les conseillers départementaux, le maire de Mende – celui qui a murmuré à l’oreille de Christian Prudhomme, le patron du Tour – et un beau panel d’élus municipaux, de la majorité et de l’opposition, ou encore des notables ou autres invités triés sur le volet. Peu importe qu’on ait critiqué des mois auparavant le budget alloué à l’accueil du Tour, peu importe les rivalités, l’union sacré devait prédominer. Les apparences devaient être soignées.

Bobs « Cochonou« 

Verre de vin à la main, chemises légèrement déboutonnées et Bobs « Cochonou » sur le crâne, le dresse-code n’avait pas été annoncé, tout le monde s’est accordé. Accoudés sur les tables, les joues aussi roses que la chair de saucisson, les élus ont enchaîné les verres. Les « pichets de cidre » – comme ils disaient – ont été empilés les uns après les autres. « Nous sommes tombés dans une embuscade« , n’a cessé de répéter un conseiller municipal de l’opposition, bien éméché.

A l’extérieur du chapiteau, le public s’est amassé le long des barrières en attendant le passage des coureurs.

Laurent Suau, hôte de la journée et donc entouré de ses invités, l’a martelé : « On sait recevoir, ici ! » A quelques jours de la course déjà, l’édile de Mende l’avait d’ailleurs déjà annoncé : « C’est un honneur pour notre ville et pour le département de recevoir le Tour. Nous allons montrer les valeurs du territoire et hisser les couleurs de la Lozère. » Certains l’ont pris au mot… Les actes furent là pour le confirmer.

Les équipes techniques et officiels de la course avaient beau passer entre les rangs, les locaux restaient plantés et entassés les uns à côté des autres, entre les odeurs de saucisses grillés et les cris déchaînés. Après le concours du « levé de coude », les chants ont pris le relai. Intrigués par le grabuge de l’autre côté de l’aérodrome, quelques journalistes sont venus regarder l’autre spectacle de la journée et – par la même occasion – ramasser les pots cassés. « On nage en plein délire ! Mais c’est partout pareil, sur chaque étape« , relatait un de nos confrères de Midi Libre.

« Vous savez que c’est grâce à moi qu’une partie de la montée Jalabert a été peinte en jaune ? »

Un élu mendois, adjoint aux Sports.

Chacun à sa manière, chacun avec son style, les élus se sont illustrés. Certains par des tirades enflammés, d’autres par des tenues décontractées. Mais à les écouter, tous ont contribué à l’organisation de la journée. « Vous savez que c’est grâce à moi qu’une partie de la montée Jalabert (dernière ascension avant la ligne d’arrivée, NDLR) a été peinte en jaune ? », s’est longuement félicité un adjoint aux Sports. Qu’importe les querelles et les différents politiques, les caméras du monde entier, braquées sur la Lozère, ne devaient filmer que des moments d’unité. Tout le monde y a-t-il vu que du feu ?

A gauche, la sénatrice Guylène Pantel profite de son après-midi.

Une chose est sûre, certains élus, presque finalement désintéressés depuis le passage de la caravane et de la distribution des fameux « hoodies », n’ont rien vu de l’arrivée des coureurs qui, il faut leur accorder, sont passés comme des fusées. Cela ne les a pas empêchés de se précipiter dans les coulisses, au milieu des bus des équipes, là où l’accès leur était réservé, pour se faire photographier au milieu du peloton.

La fête devait être totale. Elle le fût. Sur le plan sportif, comme festif. Mais avec des Mendois venus s’embrasser et certainement se picorer dans la main, les invités n’ont-ils pas été mis de côté ? Le Tour de magie a bien eu lieu, mais pas forcément celui attendu. Cela valait pourtant le Dé-Tour.

Tadej Pagacar et Jonas Vingegaard (futur vainqueur du Tour) en séance de décrassage d’après étape devant les élus locaux.

Lény-Huayna Tible

Laisser un commentaire