Mende et ses rats « devil »

Les petites histoires derrière la municipalité

Indésirables, il faut pourtant vivre avec ! Les rats ont pris possession des centre-villes, des ports, des égouts ou encore de certains bâtiments. Ces compagnons à poils, rebutés, agrémentent et participent, bien malgré eux, à la vie en communauté. Ils n’en restent pas moins facteurs de tensions dans la vie municipale. La ville de Mende leur a d’ailleurs ouvertement déclaré la guerre.

La Lozère, une terre pure ? L’hypothèse tient la route. Cela n’empêche pas le diable d’être de la partie. Le « devil » en question ? Des rongeurs, de tailles diverses. Ces derniers ont pris possession de certains quartiers de la ville de Mende. Des petites bêtes a priori inoffensives mais répugnantes aux yeux de la population. Nathalie Saltel, habitante du centre-ville, en est dégoûtée. « J’ai envie de vomir quand j’en vois un. » Le hasard (ou la malchance) a bien fait les choses : son chat, Myrtille, dépose régulièrement ses trophées de chasse devant la porte, voire au pied du lit. Jugés nuisibles et indésirables, les élus locaux ont fait du rat un habitant à (faire) évacuer.

« Mende, ce n’est pourtant pas Paris »

Roberto, agent municipal

« Depuis quelques années, leur présence n’a cessé d’augmenter. » Roberto, un agent municipal vit presque à leur contact. « Je m’occupe du nettoyage des rues, des poubelles, des plantations. J’en vois souvent« , précise-t-il. Mende est pourtant une ville réputée propre. Du moins, c’est ce que son maire, Laurent Suau, tient à laisser penser : « Le système de collecte des déchets est opérationnel, les habitants sont plutôt respectueux… » Chose encore plus surprenante, les rats se développent dans une ville de campagne, alors que sa prolifération intervient généralement plutôt dans de plus « grandes » zones urbaines. Roberto, perplexe, souffle : « Mende, ce n’est pourtant pas Paris.« 

Les rats de villes ont pris possession de certains quartiers à Mende. PHOTO M. A.

Comment expliquer sa présence ? Justement, les élus ne se l’expliquent pas. Les spécialistes de l’environnement non plus. Et les hypothèses vont bon train. Un conseiller municipal de Chanac, petite municipalité à quelques kilomètres de Mende, elle aussi traversée par le Lot, met notamment en cause la pollution des rivières. « Les rats se nourrissent de déchets. Ils suivent les cours d’eau et se déplacent depuis les villes vers les zones rurales« , précise-t-il, soucieux. Les agences de protection de l’environnement et le Parc national des Cévennes confirment la présence de rats et observent d’ailleurs ses comportements réguliers. Mais des rats taupiers, présents uniquement dans les champs.

Des produits dangereux dans l’espace public

Le Lot, qui traverse la ville préfecture de la Lozère, serait donc le foyer de ces rats, venus tout droit des villes. Si leur habitation est connue, pourquoi ne pas tuer le poussin dans l’œuf ? Laurent Suau est formel : « Les produits de dératisation sont interdits dans l’espace public ! » Pour cause, la dangerosité des produits pour les animaux domestiques, mais surtout pour l’homme. Des méthodes plus adaptées sont donc à l’étude. Des pièges sont régulièrement installés. Les agents municipaux procèdent au nettoyage intensif des berges de la rivière. Les nombreux chats de la ville se chargent visiblement du reste. Cela suffit-il ? « C’est un travail de longue haleine« , relate le maire. Si les rats ne pullulent pas encore les rues de la préfecture de Lozère, le problème est pris très au sérieux. « On surveille ça de près« , concède le premier édile. Nathalie Saltel, l’habitante du centre-ville, peste : « J’espère que tout sera fait pour qu’il n’y en ait plus ! »

L’habitant plus qu’indésirable est donc chassé. Sur la même liste de ces nuisibles, le pigeon est également en bonne position. Les méthodes de la mairie sont en revanche moins violentes, la collectivité locale faisant appelle à des organismes environnementaux pour la capture et la relâche de l’oiseau dans d’autres secteurs. Les grandes bêtes de Mende auraient-elles peur d’être mangées par les plus petites ? Il faudra certainement apprendre à vivre avec. C’est aussi ça la vie en communauté, dans la municipalité.

Comment la Ville de Paris gère le fléau

Depuis 2017, à Paris, ville infestée de rats, un plan de lutte intégrée contre les rongeurs, publié sur le site de la mairie, a été mis en place. La lutte directe par des raticides (protégés dans des boîtes qui les rendent inaccessibles aux espèces non cibles et à l’homme) et des pièges (respectueux de l’environnement) sont les moyens majoritairement développés. Mais le problème est décliné en cinq solutions pour lutter en profondeur contre cette nuisance : limiter la circulation des rats du sous-sol vers la surface ; limiter l’accessibilité des déchets alimentaires aux rats ; accroître les tournées de ramassage des poubelles dans les lieux les plus fréquentés et accueillant le plus de pique-niques et renforcer le nettoyage de l’espace public ; limiter les possibilités de nichage sur certains espaces, en mettant en place un grillage recouvert de 15 cm de terre ; sanctionner les personnes qui jettent de la nourriture dans les rues et les espaces verts, qu’il s’agisse de déchets, de graines ou de pain destinés aux oiseaux, qui sont très appréciés par les rats.

Lény-Huayna Tible

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