Les petites histoires derrière la municipalité
Toujours au rendez-vous, toujours ensemble, toujours les uns à côté des autres… Les élus locaux ne se lâchent plus. A Mende, pour chaque évènement municipal, les mêmes têtes pointent le bout de leur nez. Famille d’infortune ou satiété partagée ?

Un jour sans fin ! La comparaison avec le film d’Harold Ramis est osée. Mais à Mende, commune de 13 500 habitants, elle prend tout son sens. A quelque chose prêt. Si les jours sont heureusement bien différents, les mêmes têtes, notamment celles des élus, pointent le bout de leur nez quand un évènement important anime la municipalité.
« Il y a les mêmes personnes, c’est vrai. Mais c’est logique, les élus ont des responsabilités. C’est aussi bon signe, ils répondent de leurs engagements. » Laurent Suau, le maire socialiste de Mende depuis 2014, a semble-t-il, fini par s’y faire. Il n’éprouve d’ailleurs aucune lassitude : « J’accorde une importance toute particulière aux évènements commémoratifs. Et je suis le premier à vouloir que tous les élus soient là !«
Relation cordiale mais tumultueuse
Pourtant, un scène récente pourrait contredire ce dires et ce sentiment de . Il y a quelques semaines, en pleines élections législatives, le député sortant Pierre Morel-à-l’Huissier (élu depuis 2002), en ballotage favorable après sa qualification pour le second tour, croisait le chemin d’un des adversaires qu’il venait d’écarter : Laurent Suau. (Pour la petite anecdote, 400 voix, sur les 45 000 exprimées, ont séparé Pierre Morel-à-L’Huissier de Laurent Suau).
Si les deux hommes, qui se connaissent pourtant depuis des années, se sont croisés, leur poignet de mains fût expéditive. Polie, mais froide. Glaciale même. En revanche, leur regard ne se sont jamais croisés. Aucun mot n’a d’ailleurs été prononcés. Difficile d’imaginer les deux hommes partir ensemble en vacances, eux qui entretiennent déjà une relation cordiale mais aux épisodes tumultueux. Laurent Suau, de retour aux affaires à la municipalité après un pari raté, l’assure : « C’est déjà du passé. Je n’ai aucun problème à voir le député. »
« Ça les agace de se voir (…) C’est parfois difficile à cacher«
Un membre du cabinet du député Pierre Morel-à-L’Huissier
Leur relation depuis ? Lors de la commémoration de l’appel du 18 juin 1940, alors que tous les élus étaient évidemment présents, Laurent Suau et Pierre Morel ont pris le soin de s’éviter. Cette fois, aucune salutation n’a été exprimée. Qu’en pense le second cité ? Injoignable, un membre de son cabinet a cependant souhaité réagir à la scène qui en a interrogé plus d’un. « Ça les agace de se voir systématiquement« , a-t-il commenté. Ils doivent faire semblant que tout va bien. C’est parfois difficile à cacher. » Des scènes identiques se répètent depuis plusieurs années. Et elles devraient se répéter dans les prochaines, le député ayant été réélu pour un cinquième mandat.
Sabrina Mokhlis, chargée de communication à la mairie de Mende était aux premières loges de cet épisode organisé autour du préfet, Philippe Castanet. Elle explique : « Je pense qu’il (Laurent Suau, NDLR) a un peu de mal à digérer. Ça doit être pesant de se voir et de se saluer à chaque fois et d’avoir à faire toujours aux mêmes personnes.«
L’unité avant tout
Au cabinet de Sophie Pantel, présidente socialiste du conseil départemental de la Lozère, pourtant loin de faire l’unanimité au sein même de sa famille politique, on se réjouit de l’unité politique. « Voir tous les élus, ensemble, malgré leurs divergences, cela montre que les élus sont impliqués pour leur territoire et ses habitants« , a martelé le directeur, chargé des relations avec la presse. La première citée n’a pas souhaité s’exprimer, tout comme la sénatrice, Guylène Pantel, également socialiste.
La Floracoise Sandrine Descaves, candidate de la Nupes (Nouvelle union populaire écologique et sociale) à la députation, alors en campagne, avait évoqué ses relations avec les autres élus locaux. « Il y a toujours des prises de bec, des fortes divisions voire des fractures dans nos rapports. Et heureusement ! Les élus ne sont pas là pour faire bonne impression les uns à côté des autres, annonçait-elle. Ils sont là pour représenter ceux qui les ont élus. Être là, systématiquement, à chaque évènement, c’est y répondre. »
Identifier et s’identifier
Qu’en pensent les Mendois ? Sont-ils éreintés de voir leurs élus affluer ? Certains, comme Vincent, membre des Amis de la résistance, réfutent cette hypothèse : « On attend des élus qu’ils soient sur le terrain, surtout en Lozère, dans un département rural, c’est important. C’est peut-être mieux pour gérer un territoire, non ? » Ces mêmes personnes y voient un moyen de les approcher : « C’est bien de les voir. C’est plus facile de les identifier et de s’identifier, de partager.«
D’autres, en revanche, sont plus catégoriques : « Il n’y a pas souvent de nouveauté. A Mende, les mêmes têtes viennent tout le temps. Ils viennent mais parfois sans jamais savoir pourquoi ils sont là. Ils veulent se montrer. Ce sont des élus locaux certes, mais de politiciens avant tout !«
Le vie municipale les rassemble
Sont-ils les bienvenus ? Difficile de savoir, tant certains d’entre eux aiment jouer des coudes partout où ils vont. Le plus clivant reste le député Morel. Le même Morel, député de la Lozère, élu pour un cinquième mandat avec plus de 60% des suffrages exprimés. Pour autant, cela n’en fait pas un élu local immunisé contre les incriminations. « Dès qu’il y a à boire ou à manger ou l’occasion de se faire voir, on voit toujours Morel telle une arbre qui fleurit au printemps, blâme un agriculture du département, membre de l’organisation de la Foire de Lozère. Surtout en période électoral. Ensuite, pendant cinq ans, on ne le voit plus« .
Finalement, si tout peut les opposer – absolument tout – le élus ont-ils d’autres choix que de se supporter ? Leurs obligations et la vie municipale les rassemblent aussi bien qu’elles les divisent. Mais les premiers concernés éprouvent-ils les mêmes sentiments à l’égard de leurs administrés ?
Lény-Huayna Tible
